Interview de Dominique Renaux, Ambassadeur, dans The Oil & Gas Year Book – Gabon 2016

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Retrouvez la contribution de Dominique Renaux, Ambassadeur, Haut Représentant de la République française au Gabon, à la revue « The Oil & Gas Year Book – Gabon 2016 » (entretien réalisé début 2016) .

Version française

Comment l’environnement actuel, marqué par la baisse du prix du pétrole, affecte-t-il les relations économiques et commerciales entre le Gabon et la France ?

Dans la conjoncture mondiale actuelle et le contexte de baisse des cours pétroliers, les relations commerciales entre la France et le Gabon ont connu un léger tassement en 2015 du fait, en particulier, de la baisse des exportations françaises.

La réduction des dépenses de l’État, et de certains programmes d’investissement, ont impacté particulièrement nos ventes de biens d’équipement, qui représentent plus des deux tiers de notre commerce bilatéral. Elles se sont élevées ainsi à 540 M€ contre plus de 600 M€ en 2014.

Les entreprises françaises ont, en revanche, maintenu sur la période des flux importants d’investissement. Total Gabon a continué d’investir, même si l’année 2015 est caractérisée par un repli sensible qui concerne toutes les compagnies pétrolières.

Hors secteur pétrolier, le lancement du Complexe Métallurgique de Moanda (Comilog-Eramet) en 2015, comprenant deux unités de production pyro-métallurgique et hydro-métallurgique, constitue un investissement industriel majeur d’un montant de plus de 200 millions d’euros. Le projet de réhabilitation du chemin de fer Transgabonais (Setrag - Comilog) est tout aussi important. Cette réhabilitation s’étalera sur plusieurs années et s’élèvera à quelques 300 millions d’euros.

Ce ne sont là que deux exemples d’investissement parmi tant d’autres. Ces flux d’investissements importants préparent le futur de ce pays et accompagnent son développement. En stock et en tenant compte des investissements d’élargissement de capacité, la France cumule plusieurs milliards d’euros d’investissement. Près de 110 filiales d’entreprises françaises sont présentes au Gabon et 200 entreprises à capitaux mixte soutiennent la relation entre nos pays. Les échanges de services sont par ailleurs très soutenus entre la France et le Gabon.

Comment les entreprises françaises peuvent-elles contribuer à la diversification de l’économie gabonaise ?

Remettons les choses en perspective. L’économie gabonaise connaît actuellement, une double mutation : le Gabon est à la fois engagé dans la diversification de son économie et dans la transition énergétique.

Le pays a privilégié, pendant de nombreuses années, le développement de l’industrie pétrolière et minière par rapport à d’autres secteurs productifs comme l’industrie agricole ou la transformation locale.

Le Gabon importe aujourd’hui les trois-quarts de ses besoins en produits alimentaires. Le pays a entamé une diversification de ses activités qui va modifier en profondeur la répartition des richesses. Cette politique est déjà bien avancée dans les secteurs des mines, de l’industrie forestière, etc., l’objectif du gouvernement étant de maximiser la valeur des ressources primaires, en encourageant la transformation sur place. Cette diversification économique doit aboutir à une croissance alternative. Les entreprises françaises sont attentives à ces évolutions et je dirai que leur savoir-faire est adapté à cette donne nouvelle, où de nouveaux besoins doivent être satisfaits.

La deuxième mutation réside dans ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui l’économie verte, avec le recours aux énergies renouvelables pour réduire notamment les émissions de gaz à effet de serre et protéger durablement l’environnement.

Le modèle énergétique évolue progressivement, tout en sachant que les énergies fossiles vont garder une place importante pour encore un certain temps, mais avec des inflexions, par exemple, pour la production électrique.

Les autorités ont lancé en 2012 un vaste plan de développement du secteur de l’énergie devant permettre de quadrupler la production d’électricité en ciblant un niveau de production de 1.2 GW à l’horizon 2020, basé à 80% sur l’hydroélectricité. Les entreprises françaises sont déjà là et accompagnent le Gabon dans cette mutation. Le Gabon, qui a intégré la nécessité de concilier l’accès à l’énergie, le développement durable et les changements climatiques, offre sans doute de nombreux atouts dans le secteur des énergies renouvelables pour attirer les investissements étrangers.

Quels sont les avantages pour le Gabon de réintégrer l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) ?

L’ITIE est une norme mondiale visant à promouvoir une gestion ouverte et responsable des ressources naturelles. Le Gabon a manifesté sa volonté de réintégrer l’organisation et c’est une bonne chose.

Il a mis en place cet été un « plan de retour du Gabon à l’ITIE ». Ce retour permettra au Gabon de conforter son attractivité tout comme le climat d’investissement. Ce sera pour le Gabon, grand pays minier, le signal de son engagement dans la gestion responsable de ses industries extractives.

Version anglaise

“Closer together”

TOGY talks to French Ambassador to Gabon Dominique Renaux about the partnership between the two countries, France’s support for Gabon’s role in the recent COP21 summit and its commitment to reducing emissions by 2020.

How has the current low oil-price environment affected economic and commercial ties between Gabon and France ?

Given the current global economic situation and the drop in the price of oil, trade between France and Gabon experienced a slight decrease in 2015, particularly in French exports.

The nation’s reduction in expenditures and investments in certain programmers has impacted the sale of capital goods, which represented more than two-thirds of our bilateral commerce. In 2015, bilateral commerce totalled EUR 540 million compared with more than EUR 600 million in 2014.

Despite this situation, French companies have maintained a high level of investment during this period. Total Gabon has continued to invest, even though 2015 has been characterised by a decline that has concerned all oil companies.

Beyond the oil sector, the launch of the Moanda Metallurgical Complex (Comilog-Eramet) in 2015, which comprises two production units – pyrometallurgical and hydrometallurgical – constituted an industrial investment of more than EUR 200 million. The rehabilitation project of the Trans-Gabon railway (Setrag – Comilog) is also a major project. This development will extend over a number of years, costing EUR 300 million. Those are two examples of industrial investment among several. These important streams of investment are preparing for the future of the country and are assisting in its development. In terms of stock and keeping in mind investment in expanding capacities, France is accumulating several billion euros in investments.

The almost 110 French companies and 200 companies with mixed capital present in Gabon help maintain the relationship between our countries. In addition, the exchange of services is well supported.

How can French companies contribute to the diversification of Gabon’s economy ?

Gabon is currently experiencing a great deal of change. The country is engaged in both the diversification of the economy and in energy transition. For a long time, the country favoured the development of the oil and mining industries compared with other productive sectors, such as agriculture and local processing.

Today, Gabon imports three-quarters of its food needs. The country has begun diversification activities that will deeply modify its pattern of growth. This policy has already been advancing in the mining and forestry industries, as well as others.

The government’s objective is to maximise the value of its primary resources and to encourage transformation on site. This economic diversification should lead to alternative growth. French companies are attentive to these developments, and I would say that their know-how is adapted to this new state of play, where new needs must be satisfied.

The second change concerns what we call the green economy, with investments being made in renewable energies in order to reduce greenhouse gas emissions as a means of permanently protecting the environment.

The energy model is gradually evolving and production of electricity is becoming key, but, with the knowledge that fossil fuels will maintain their importance for quite some time.

In 2012, the authorities launched a large-scale development plan in the energy sector, hoping to quadruple the production of electricity with a target production of 1.2 GW by 2020, 80% based on hydroelectricity. French companies are already there and are working with Gabon to bring about this change.

The country, being fully aware of the necessity of better access to energy, sustainable development and climate change, offers without a doubt numerous assets within the renewable energy sector to attract foreign investors.

What are the advantages for Gabon of reintegrating into the Extractive Industries Transparency Initiative (EITI) ?

The EITI is a worldwide standard that aims to promote the open and responsible management of natural resources. Gabon expressed its desire to reintegrate into the organisation and this is a good thing.

This summer, the country established a plan to return to the EITI. This return will allow Gabon to strengthen its attractiveness to investors as well as its investment climate. Gabon is a major mining country, and this will show its commitment to the responsible management of extractive industries.

Dernière modification : 24/11/2016

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